Visite du jardin de Philippe et Fabienne : un modèle de jardin raisonné

À peine trentenaires, Philippe et Fabienne s’installent avec leurs deux enfants dans l’ancien presbytère de la Chapelle-aux-Filtzméens. Une maison à rénover, certes, mais surtout un terrain avec un potentiel à la hauteur de leur projet de vie : créer un jardin pensé pour être à la fois nourricier, esthétique et durable. C’est dans ce lieu magique qu’ils nous accueillent pour une visite pédagogique. « Nous », c’est Sam, Marjorie et moi-même, Virginie, déjà bénéficiaires des conseils avisés de Philippe depuis que nous avons investi les jardins sous serre du Tiers Lieu de Québriac. La visite commence, riche en astuces et en retours d’expérience.

Un jardin structuré et réfléchi
Le terrain, d’une superficie de 3 650 m², se divise en deux espaces principaux : un jardin arboré et ornemental et un potager de 120 m², réparti entre une serre, une zone en pleine terre et un espace dédié aux courges.
Cette organisation n’est pas le fruit du hasard : elle répond à une logique de production maîtrisée, ajustée aux besoins réels du foyer.

Le potager en pleine terre : sobriété et efficacité
Dans la partie en pleine terre, deux rangées d’haricots noirs Melissa attirent immédiatement l’attention. Découverte lors d’une visite de jardin à Cesson-Sévigné, cette variété grimpante se distingue par sa productivité et sa saveur. Palissés sur des supports, les plants peuvent dépasser deux mètres. Ils approvisionnent la famille de juillet à octobre, à condition d’être cultivés en extérieur pour éviter les acariens.
Plus loin, les pommes de terre occupent environ 15 m², soit un quart de l’espace en pleine terre. Cinq rangs suffisent à couvrir les besoins de la famille pour tout l’hiver. Philippe les plante à 10 cm de profondeur, espacées de 30 cm, ce qui lui permet de ne pas les butter. Surprise : aucun arrosage cet été, malgré la sécheresse. Il déterre un pied devant nous : les tubercules sont superbes.
Une chayote installée dans un carré surélevé, des panais semés en mai et des céleris-raves complètent cet espace où chaque culture semble trouver sa place sans excès.

Courges et cucurbitacées : un tapis végétal maîtrisé
Sur 40 m² bâchés, courges d’hiver, concombres et courgettes prospèrent. Parmi elles, la longue de Nice, que Philippe considère comme « la meilleure ». L’ensemble forme un tapis végétal dense, parfaitement contrôlé.

La serre : royaume des tomates
Dans la serre, les tomates occupent le devant de la scène. Les cœurs de bœuf de Philippe atteignent des tailles impressionnantes. Son secret : « Une seule tige, toujours. Le moindre gourmand est supprimé immédiatement. Toute l’énergie doit aller au fruit. »
Les fraisiers, eux, sont installés en hauteur dans des bacs surélevés, soigneusement paillés.

Composts : une organisation exemplaire
Philippe et Fabienne le savent : sans compost, pas de potager performant.
Le jardin repose sur deux composts complémentaires. Le premier, un bac de 4 m², reçoit les déchets du quotidien : épluchures, tontes, petites branches. Il faut trois ans pour obtenir un compost mûr, ensuite transféré dans une réserve à terreau. Le résultat est remarquable : un terreau noir, fin, abondant, où quelques courges se sont même invitées.
Le second compost, situé à l’avant de la maison, accueille principalement les tontes et défloraisons. Les oiseaux y participent activement, assurant une aération naturelle.
Le compost est ensuite généreusement utilisé : trois brouettes pour les haricots, un demi seau pour chaque pied de courge ou de tomate. Philippe complète parfois par un simple paillage de pelouse fraîche.

Les conseils de Philippe et Fabienne
1. Visiter des jardins : rien de tel pour apprendre, s’inspirer et faire évoluer ses pratiques. Parmi leurs incontournables : le jardin de M. Pépin à Cesson-Sévigné, le jardin Rocambole à Corps-Nuds et le jardin des Saules à Évran.
2. Organiser son potager en unités de production : cultiver selon ses besoins réels, en pensant aux conserves et à la congélation.
3. Pratiquer la rotation des cultures : changer les emplacements chaque année pour limiter les maladies et optimiser l’usage du compost.
4. Composter, patienter, amender… et pailler toujours : le trio gagnant pour un sol vivant.
5. Arroser intelligemment : le matin ou le soir, une bonne quantité tous les 4 à 5 jours. Et si vous avez un puits, c’est encore mieux. Sinon, pensez aux réserves d’eau.

Un grand merci à Philippe et Fabienne pour leur accueil chaleureux, leur générosité et le partage de leur savoir-faire ! Une visite inspirante qui donne envie de retourner au jardin dès que possible.

Top
X