Suivre le chemin de l’eau en Bretagne Romantique

Le Linon

Habitant en Bretagne Romantique, vous avez probablement déjà entendu parlé du Linon, de la Donac, de la Rance, du ruisseau du Romoulin, de Fersac, de la Bouteillerie, la Dore ou le Tertrais ? Les noms de ces cours d’eau qui traversent notre territoire vous sont  familiers, sans que vous y fassiez forcément plus attention. 

Pourtant, nous allons le voir,  l’ensemble des cours d’eau cités précédemment forme un réseau hydrographique cohérent et sont liés les uns aux autres dans un enchevêtrement complexe, qui porte le nom de « Bassin Versant du Linon » 

Les 3/4 de la Bretagne Romantique sont situés sur ce bassin versant.

BASSIN VERSANT:

Nous avons demandé à Aurélien, ingénieur en milieu aquatique au Syndicat du Bassin Versant du Linon (SBVL), de nous donner la définition d’un bassin versant:

Aurélien: « Le bassin versant du Linon ou bassin hydrographique du Linon est une portion de territoire délimitée par des lignes de crête (ou lignes de partage des eaux) et irriguée par un même réseau hydrographique (une rivière, avec tous ses affluents et tous les cours d’eau qui alimentent ce territoire).

A l’intérieur d’un même bassin, toutes les eaux reçues suivent, du fait du relief, une pente naturelle et se concentrent vers un même point de sortie appelé exutoire.

Le bassin versant du Linon est situé entre les communes d’Evran (point aval) et Combourg, Vignoc, Miniac-Sous-Bécherel (zones de crête).

Sur ce schéma, on voit une coupe de ce que représente un bassin versant.

bassin versant
                                              coupe d’un bassin versant 

La rivière du Linon est donc un des affluents principaux de la Rance. Elle prend sa source en Bretagne Romantique, sur la commune de Trémeheuc et parcourt environ 35 kilomètres avant d’atteindre son exutoire : la Rance canalisée,  à Évran dans les Côtes d’Armor.

Tous les cours d’eau cités précédemment, la Donac, le Romoulin, la Dore, la Bouteillerie, la Fersac sont eux mêmes des affluents du Linon et prennent quasiment tous leur source sur notre territoire. 

Ce petit détail nous donne une sacré responsabilité en matière de qualité des eaux et donc de la qualité des lieux où ces cours d’eau prennent leur source. En effet,  l’ensemble de ces cours d’eau alimentent la Rance,  qui ensuite à quelques encablures se déversent dans la Manche dans la magnifique baie de Saint Malo.

Au passage, c’est aussi la qualité de l’entrelac de tous ces affluents et de leur accessibilité qui permet aux truites farios ou aux anguilles, espèces considérées comme étant en danger, d’effectuer leur migration. L’enjeu étant que ces espèces puissent à partir de la mer remonter tous les cours d’eau de notre territoire et s’y nourrir sans qu’aucun barrage ou obstacle les en empêche.

Lorsqu’on sait que l’anguille ne se reproduit que dans la mer des sargasses de l’autre côté de l’Atlantique, puis entame un long voyage de quasiment deux ans pour rejoindre nos côtes et remonter les cours d’eau douce ou elle s’installe durant dix à quinze ans avant de repartir se reproduire dans les Sargasses: on prend conscience de l’importance des petits cours d’eau en Bretagne Romantique qui sont connectés avec les grand enjeux environnementaux du  monde et qui ont un rôle à jouer dans la sauvegarde d’une biodiversité menacée!

TOUS GARDIENS!

Lorsque nous zoomons un peu sur la carte des cours d’eau ci-dessous avec ces multiples petites veinures qui constituent autant d’affluents de nos « ruisseaux affluents », on s’aperçoit qu’ils prennent leur source dans toutes les zones humides du territoire,  et qu’aucune commune de Bretagne Romantique n’est épargnée. On peut donc dire que nous sommes tous un peu gardien de la qualité d’un cours d’eau ou d’une zone humide près de chez nous dont dépend la qualité  « d’un grand tout » constitué de la Rance, sa baie et son ouverture sur l’océan: l’un des joyaux de notre département.

affluent du Linon
Réseau hydrographique et affluents du Linon

De fait, la Donac, affluent principal du Linon, prend sa source à Vignoc, et traverse Tinténiac, Québriac, La Chapelle aux Fitzmeens, St Domineuc, Meillac et Pleugueneuc avant de rejoindre le Linon. Ce qui est flagrant sur la carte ci-dessus est de constater que quasiment toutes les communes au sud de notre territoire possèdent des ramifications de ruisseaux qui y prennent leur source et qui alimentent la Donac.  Ainsi, si on prend l’exemple de la Baussaine: elle ne borde pas la Donac, mais on constate que toutes ses zones humides et ses plans d’eaux sont ramifiés de ruisseaux qui courent jusqu’à la Donac.

Si au Nord, nous avons des affluents directs du Linon,  on s’aperçoit de l’aspect « stratégique » du « triangle Sud-Est » de notre territoire, ou les deux principaux affluents du Linon, la Donac et le Romoulin se font alimenter par de multiples sources et zones humides.

Que dire du Romoulin justement? Si c’est à St Thual qu’il prend ce nom, sa source se trouve aux abord de l’étang du bourg Longaulnay, et de multiples petits affluents jalonnent  les zones humides de Longaulnay, ainsi que les zones humides et étangs de  Miniac sous Becherel et de Becherel. Puis le Romoulin traverse St Thual, Trimer, Treverien avant de se jeter dans la Linon à St Domineuc.

Les autres affluents remarquables du Linon prennent également source sur notre territoire, comme le ruisseau de la Bouteillerie ou de Fersac au Nord de la Bretagne Romantique en traversant Combourg, Lourmais, Meillac et Tremeheuc avant d’alimenter le Linon, ou encore le ruisseau du Tertrais qui traverse Meillac et Pleugueuneuc, lui même ayant jusqu’à 9 affluents référencés qui sont autant de petits ruisseaux qui prennent sources dans les communes du  Nord de  Bretagne Romantique.

Citons encore la Dore à Combourg, qui prolonge l’étang des Maffins avant de se déverser dans le Linon

LE CANAL: L’HISTOIRE D’EAU CONTINUE

Le bassin versant du Linon a une autre particularité importante:  c’est la présence du Canal d’Ille et Rance, entièrement artificiel, en rive gauche de la Donac et du Linon aval. Il traverse plusieurs communes de notre territoire de part en part en reliant la Rance à l’Ille à travers un canal creusé  d’Evran à Betton entre 1804 et 1832. 

En Bretagne Romantique, ce canal artificiel est alimenté par plusieurs barrages réservoirs  constitués par les étangs de Hédé, Bazouges, Bézardière et du Boulet. 

Chaque étang qui borde le canal d’Ille-et-Rance alimente le bief de partage à différents moment de la saison et permet d’assurer un niveau d’eau pour la navigation toute l’année. L’étang de Hédé est utilisé au début de la saison. C’est l’étang qui se remplit le plus vite du fait de son important bassin versant (14,65 km²). Ensuite l’étang du Boulet alimente le canal par l’intermédiaire de la conduite forcée qui remplace la rigole du Boulet. La réserve de Bazouges ne sert en général qu’en fin de saison (août-septembre) et permet grâce à une pompe de maintenir le bief de partage à un niveau suffisant pour la navigation. L’étang de la Bézardière, quant-à-lui, est rarement utilisé de par sa faible capacité de retenue. Il est utile uniquement pour l’alimentation du versant Rance, dans le bief de la Moucherie.

Le débit du canal est contrôlé par un complexe d’écluses dont la gestion est assurée par la Région Bretagne et dont le point d’orgue est sans conteste la succession des 11 écluses à Hédé-Bazouges tous les 200m (l’un des points culminants de notre département), qui permet de conserver un niveau d’eau stable qui garantit  la navigabilité sur les 27 m de dénivelés.

Soyons clair; si le canal, ses écluses, ses berges constituent un attrait patrimonial et touristique, il s’agit à l’origine d’une construction purement humaine et donc d’une altération de l’environnement d’origine sans les caractéristiques et le rôle écologique et de régulation des rivières et cours d’eau évoqués précédemment. Sans gestion et intervention humaine, le canal n’existerait pas ou serait assec une grande partie de l’année. C’est la grande différence avec une rivière comme le Linon et ses affluents, qui dans l’absolu n’ont pas besoin de nous pour organiser leurs méandres, et ou à l’inverse trop d’interventions humaines dans leur gestion, leurs aménagements, la modification de leur lit, sont susceptibles de provoquer des crues, des assèchements et une cohorte de conséquences désagréables pour l’équilibre des milieux traversés.

11 écluses
Canal d’Ille et Rance (source Ouest-France)

On le voit, rien qu’avec  le bassin versant du Linon, la  Bretagne Romantique c’est une histoire d’eau avec 295 km de berges cumulées. Pour autant, le bassin versant du Linon, ne couvre que les 3/4 de la Bretagne Romantique. 

Qu’en est-il du quart restant?  Et bien il se répartit sur 3 autres bassins versants.

L’INFLUENCE D’AUTRES BASSINS VERSANTS

La  Bretagne Romantique est donc à cheval sur 3 autres bassins versants qui ont chacun des profils et des configurations particulières. La plupart des communes ont confié la gestion de l’eau à des organismes collectifs à laquelle elles adhèrent et qui prend en charge l’ensemble des aspects d’un bassin versant.

  • Le bassin versant du Couesnon, fleuve côtier qui prend sa source en Mayenne et se jette en Baie du Mont Saint Michel. Il concerne toute les communes autour du Mont Saint Michel et est géré par le Syndicat du Couesnon aval  auquel adhèrent 2 communes de Bretagne Romantique: Cuguen et St Léger des Près.
  • Le bassin versant  de Dol dont dépendent les communes de Bonnemain, Lanhelin et une partie de Mesnil Roch, où se situent plusieurs « fleuves côtiers », c’est à dire se jetant directement dans la mer comme le Cardequin, le canal des allemands, la Molène et la Banche (bassin versant géré par le Schéma d’Aménagement de la Gestion de l’Eau de Dol)

  • Et enfin le bassin versant de L’Ille, principal affluent de la Vilaine. Rivière et affluent principal ont donné leur nom à notre département. Un détail important cependant: L’Ille prend également sa source en Bretagne Romantique (décidément quelle histoire d’eau et quelle responsabilité !) à la limite entre les communes de Lanrigan, de Saint-Léger-Des-Prés et de Dingé, au lieu-dit la Guzardière. Ce bassin versant est géré par le Syndicat de Bassin Versant de l’Ille, Illet et de la Flume dans lequel la commune de Dingé est adhérente.
  • Toutes les autres communes de Bretagne Romantique sont sous l’influence du bassin versant du Linon et ses affluents  et la plus grande partie d’entre elles (18 communes) ont confié cette mission depuis 1971 au syndicat du bassin versant du Linon. ( SBVL)
carte des bassins versants du département

LE SYNDICAT DU BASSIN VERSANT DU LINON

Aurélien, ingénieur au SBV nous présente le syndicat.

Aurelien:

Le Syndicat du Bassin Versant du Linon a pour objet de promouvoir et assurer toutes les actions nécessaires à la préservation, à l’amélioration de la qualité de l’eau et des milieux aquatiques en concertation avec les acteurs et usagers concernés.

Pour exemple un de ses projets vous est présenté ci-dessous :

La remise en fond de vallée du ruisseau du thélohier suite à la suppression de deux plans d’eau

Il s’agit d’un projet réalisé sur le bassin versant du Linon se focalisant sur plusieurs objectifs :

– la libre circulation de la faune aquatique mais également la descente des cailloux

– la recréation d’une forme naturelle du cours d’eau, lui permettant de déborder en cas de crues et ainsi tamponner les eaux, ce qui n’était plus possible avec les plans d’eau remplis en tout temps.

– la recréation de zone de reproductions pour la faune disparues sous les vases des plans d’eau.

– la réouverture d’une zone humide qui était ennoyée par le plan d’eau permettant aujourd’hui :

     Une infiltration accrue de l’eau dans la nappe souterraine 

     Une amélioration de la qualité de l’eau grâce aux végétaux stockant les nitrates. 

Ainsi le contribuable recevra une eau à son robinet de meilleure qualité.

D’autres vidéos réalisés par l’agence de l’eau permettent de bien comprendre les enjeux de l’eau sur notre territoire :

Zone humides, en quoi sont elles utiles?

Les atouts d’une rivière qui méandre

Cette bonne gestion est indispensable parce que sans eau, il n’y a pas de vie…

RENCONTRE..

La rédaction de ce dossier nous a permis de rencontrer Aurélien au syndicat du bassin versant du Linon. Pour rester fidèle à la ligne éditoriale de BVBR, qui est la découverte du territoire par des rencontres, laissons lui le mot de la fin.

Aurelien Fritot

« Pêcheur depuis mon plus jeune âge, j’ai rapidement été sensibilisé aux enjeux de préservation des écosystèmes aquatiques. Tout naturellement, j’ai décidé d’orienter mes études vers un master « environnement », en accord avec ma passion. Ce cursus m’a permis d’approfondir ce socle de connaissance et ainsi m’épanouir dans le domaine de l’écologie aquatique. En expérimentant le métier de technicien rivière, j’ai pu mettre en application ces compétences et ainsi mieux appréhender le fonctionnement hydrologique et écologique des cours d’eau essentiel à la vie. 

De plus, en analysant les perturbations rencontrées sur le terrain, j’ai pu proposer des actions avisées, me permettant ainsi de réaliser des projets ambitieux pour préserver la ressource en eau. 

Le métier de technicien rivière et la vocation du Syndicat du Bassin Versant du Linon visant à promouvoir et assurer toutes les actions nécessaires à la préservation, à l’amélioration de la qualité de l’eau et des milieux aquatiques, m’a tout de suite intéressé. 

En effet, ces missions sont des priorités, qui, j’en suis persuadé, faciliteront l’atteinte du bon état des masses d’eau prescrite par les objectifs de la Directive européenne Cadre sur l’Eau et ainsi tendre vers, au moins, 70% de nos cours d’eau en bon état. 

Lorsque j’étais étudiant, ce domaine d’activité m’intéressait uniquement par ce qu’il avait un lien avec ma passion : la pêche. Mais avec mes deux jeunes années d’expériences professionnelles je me rends compte que la bonne gestion de l’eau de nos rivières est primordiale pour tellement de choses ! Que ce soit pour la biodiversité qui nous apporte de nombreux services mais également pour l’Homme. 

Car travailler pour améliorer les milieux aquatiques c’est aussi éviter les inondations, améliorer la qualité de l’eau, son infiltration dans les nappes permettant ainsi son stockage et donc assurer la disponibilité de l’eau au robinet sur le long terme. 

L’eau deviendra de plus en plus rare, c’est pourquoi une bonne gestion partagée de cette ressource est primordiale. Il faut pouvoir assurer l’utilisation pour l’Homme (consommation, activités) tout en maintenant une ressource (qualitative et quantitative) suffisante pour la vie des autres espèces animales et végétales !        

Corto Fajal 8/03/2021

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