Gazette de BVBR n° 21 – Juin 2026 La gazette de BVBR Edito Trop chaud, trop froid ? Une histoire de lien En juillet 1995, une vague de chaleur s’abat sur Chicago et fait plus de sept cents morts en une semaine. Pourquoi parler de cela dans cet édito ? D’abord parce que nous sortons droit d’un épisode précoce de chaleur inhabituel, mais surtout parce que ce triste évènement a fait l’objet d’une étude menée par un sociologue : Eric Klinenberg. Il a comparé deux quartiers pauvres et voisins situés à l’ouest de la ville : North Lawndale et South Lawndale. On y trouve les mêmes niveaux de pauvreté, le même type de population. Pour autant, la mortalité a été presque dix fois plus élevée dans le premier quartier que dans le second. Ce qui différencie les deux quartiers, c’est la vie sociale des rues. Là où les commerces ont fermé, là où la vie sociale, les opportunités de se rencontrer, d’échanger et de partager ont disparu, les plus fragiles sont morts seuls, chez eux. Là où la vie de quartier est restée vivante et le tissu associatif dense, le taux de mortalité est resté faible. La conclusion de cette étude sociologique est sans appel: la qualité du lien entre les habitants est, au sens propre, une infrastructure de survie. C’est également tout le propos d’une tribune parue récemment dans le journal La Croix, signée par des chercheurs et des acteurs de terrain. Le lien social y est décrit comme une infrastructure de survie, de santé et de démocratie. Ce qui est rappelé avec force dans cette tribune, c’est que le lien se cultive. Il est produit, entretenu, voulu, et rendu possible par des lieux, des pratiques et des gens, au premier rang desquels les associations et les habitants eux-mêmes. La confiance qui permet à un territoire d’encaisser les chocs ne tombe pas du ciel. Elle se tisse, patiemment, par celles et ceux qui prennent le temps d’aller vers l’autre. Avouons qu’en ces temps perturbés, cette nécessité parle. Partout en France, à l’heure où l’on décrit une société qui se fracture, des lieux se créent pour retisser le lien et cultiver le vivre-ensemble. Des tiers-lieux ruraux où se mêlent toutes les générations et tous les milieux, où se croisent et s’entrecroisent une myriade d’activités et de publics : du soutien administratif, du partage d’espaces, la promotion d’une alimentation saine, de la restauration, des crèches qui accueillent côte à côte enfants valides et enfants porteurs de handicap, des médias de village qui maintiennent l’éveil et la vivacité citoyenne quand, trop souvent, l’information ancrée a déserté. Certaines de ces initiatives sont reconnues et soutenues, à l’image des Espaces de vie sociale que labellisent les Caisses d’allocations familiales, et dont on mesure les effets concrets sur le lien, la qualité de vie, l’estime de soi, le bien-vivre. Depuis six ans, en Bretagne romantique, c’est ce que nous nous efforçons de faire, et d’être à la hauteur de cet enjeu. Grâce à l’engagement de plusieurs centaines d’habitants, nous avons fait naître un lieu vivant et toute une dynamique autour. Nos projets n’ont eu d’autre but que de servir ces objectifs. Le marché ambulant a permis pendant cinq ans de mettre en réseau et de promouvoir une quarantaine de producteurs du territoire, et de faire découvrir leurs produits chaque semaine: même si ce projet a dû s’arrêter, ses effets se prolongent par une mise en lumière de cette production locale et de ces producteurs qui, aujourd’hui, collaborent et se connaissent. Le maraîchage solidaire cultive six cents mètres carrés sous serre et trois mille mètres carrés en plein champ pour produire des légumes destinés aux Restos du Cœur, mais son objectif est aussi d’être un outil autour duquel se mobilisent des habitants, bénéficiaires ou non des Restos du Cœur, pour partager compétences, savoirs, rencontres et plaisir de faire ensemble. Les jardins partagés permettent à une petite vingtaine de familles du territoire de cultiver toute l’année sous serre leur parcelle, mais aussi d’entretenir ensemble une dynamique collective d’entraide sur les parties collectives du travail de jardinage. Il y a bien sûr la Grande Traversée de Bretagne Romantique : 349 kilomètres tracés pas à pas, par et pour les habitants, et qui va bientôt pouvoir se déployer sur un portail internet pour que chacun puisse en profiter, découvrir son territoire et le promouvoir. Nos guinguettes solidaires participent au financement du maraîchage, mais elles sont aussi l’occasion de se rencontrer, de découvrir et de valoriser la production locale, et de faire des choses ensemble au service d’un moment convivial en musique. Les ateliers du mercredi, ouverts à tous les publics, donnent l’opportunité aux habitants de proposer à d’autres leurs compétences et savoir-faire. Rien qu’en une année, les citoyens impliqués donnent plus de quatre mille quatre cents heures, soit l’équivalent de trois emplois à temps plein. Mais le plus précieux est bien sûr ailleurs que dans ces chiffres. À travers toutes ces actions se croisent des gens que la vie tient d’ordinaire à distance les uns des autres. Des jeunes accompagnés par Prisme, qui travaille avec les personnes les plus éloignées de l’emploi, des jeunes porteurs d’autisme suivis avec Dibaot, des structure d’insertions sociales, des étudiants venus de Saint-Malo, des apprentis du CPSA de Combourg, l’école du maraîchage et du paysage, des enfants des centres de loisirs de Familles Rurales, des ados d’Anim 6, des bénéficiaires des Restos du Cœur, les Eclaireurs et Eclaireuses de France, des retraités, des familles, des personnes en reconversion, en quête de sens et de liens, des citoyens impliqués et responsables qui cherchent à s’engager, des producteurs qui vivent de leur métier. Ce petit monde s’accueille mutuellement et se mêle sans distinction et sans étiquette dans le même grand cercle de l’entraide, du partage et de la solidarité. Chacun y rejoint les autres, et chacun y trouve sa place. C’est ce mélange qui fait le lien, et c’est ce lien qui participe à consolider un territoire capable de tenir debout face aux épreuves, qu’elles soient climatiques, économiques ou financières. Si nous devions faire entrer tout cela dans la froide comptabilité du monde où nous vivons, et mettre un prix de marché sur chaque service rendu, le compte donnerait le vertige. Les seules heures de bénévolat, valorisées au plus bas, pèsent déjà plusieurs dizaines de milliers d’euros. Ajoutez la production maraîchère solidaire, les dizaines d’ateliers et d’événements qui rassemblent parfois des centaines de personnes en une journée, l’accompagnement de tous ces publics fragiles, l’animation d’un réseau qui fédère aujourd’hui des milliers de foyers. On parle, sans exagérer, de plusieurs centaines de milliers d’euros de services rendus chaque année. Or il en coûte réellement entre quinze et vingt mille euros par an. Le fonctionnement du lieu, ses charges, quelques salaires à mi-temps ou à tiers-temps, les services civiques qui offrent une année de leur jeunesse. Voilà le vrai rendement de l’engagement citoyen : quelques milliers d’euros engagés, des centaines de milliers de valeur rendue. Pour autant, que devient tout cela le jour où il faut le faire reposer sur le seul circuit économique ? Ces six dernières années, nous avons tenu grâce à des appels à projets. Une réponse par-ci, une subvention par-là, gagnées une à une, jamais acquises. Ces ressources se raréfient aujourd’hui, à l’heure où les budgets du monde associatif reculent partout en France. Faute, sans doute, d’avoir pu ou su réunir assez de partenaires convaincus qu’une dynamique comme la nôtre mérite d’être consolidée dans la durée, nous anticipons et avons bien conscience de la fragilité sur laquelle repose toute la richesse de cette dynamique. Nous ne baissons pas les bras ; nous continuons à semer, à cuisiner, à marcher, à relier les gens entre eux. La question d’un avenir durable de cette dynamique se pose bien sûr, mais nous ne désespérons pas de convaincre et de trouver des partenaires conscients que ce qui maintient debout un territoire, c’est la puissance et la force des liens qui relient ses habitants entre eux d’abord et à leur milieu de vie ensuite. Vie du tiers-lieu Une énergie collective qui fait éclore bien plus que des légume Depuis début avril, le maraîchage solidaire avance grâce à une formidable équipe : Carole, Sylvie, Isabelle, Ana, Gwen et tous les jardipotes motivés. Ensemble, ils ont installé le goutte‑à‑goutte, posé les bâches, planté tomates, courgettes, butternuts, potimarrons et salades, etc.Des voisins et partenaires locaux ont aussi prêté main‑forte : Christophe pour le labour, Emmanuel pour le foin, Alexis et l’équipe de Gourmand de Nature pour les dons de plants. Toute l’équipe les remercie sincèrement. Le 12 juin, guinguette jazzy pour fêter l’été Venez partager un moment festif dans un lieu magique en pleine nature en profitant du concert des “ 3Views Of A Combo”, un ensemble de musiciens amateurs férus de Jazz, avec une particulière appétence pour les arrangements audacieux. Ils n’ont pas peur de revisiter du Mickaël Jackson, Al Jarreau, Chaka Khan, en triturant irrévérencieusement les pièces choisies.Alors prêts pour un tour du monde avec des rythmes échevelés venus des quatres coins de la planète ? Et si vous preniez le climat en main… en 3 heures ? Le changement climatique, on en entend parler tous les jours. Mais au fond, comprenons-nous vraiment ce qui se joue ? Et surtout, savons-nous par où commencer pour agir ?Pour répondre à ces questions, nous vous proposons de participer à La Fresque du Climat, un atelier animé par Malika, bénévole engagée de l’association La Fresque du Climat, qui vous accompagnera pas à pas dans cette expérience enrichissante et conviviale.Vous serez invité·e à explorer de manière ludique et collective les grandes causes et conséquences du dérèglement climatique. À l’aide de cartes issues des travaux scientifiques du GIEC, vous reconstituez les liens entre activités humaines, émissions de gaz à effet de serre et impacts sur notre environnement. Pas besoin d’être expert : tout se construit ensemble, dans l’échange et la bonne humeur.Au fil des discussions, une chose devient vite évidente : comprendre, c’est déjà agir. Organisé le mercredi 24 juin de 14h à 17h. Gratuit sur inscription sur le site de la Fresque du Climat. Je m’inscris à la fresque du climat GTBR : la dernière étape pour boucler l’aventure !Après 5 ans de repérages, venez participer à la randonnée finale entre Bazouges et Québriac et célébrer ensemble la naissance de cette grande boucle de 349 kms. Après cinq années d’exploration, de repérages et de découvertes à travers le territoire, l’aventure de la GTBR touche à son aboutissement. Le 28 juin, nous vous donnons rendez-vous pour la toute dernière randonnée de repérage : une belle étape de 20 km reliant Bazouges à Québriac, jusqu’au Tiers-Lieu des Serres. Une journée symbolique qui viendra clore cette grande aventure collective.Et parce que cette aventure s’est construite ensemble, nous vous invitons à nous envoyer vos photos souvenirs de la GTBR ! Elles seront mises à l’honneur dans un diaporama lors du rassemblement final.Point d’orgue de la journée : un goûter géant aux Serres pour célébrer ensemble cette ultime étape comme il se doit ! Gratuit sur inscription et adhésion à l’association (5 €/an). Infos et inscription : contact@bvbr.org Dates à retenir Mercredi 3 juin de 14h à 17h : Atelier créatif “Épouvantails” avec Sève Mercredi 3 juin de 14h à 17h : Atelier biodiversité sur inscription contact@bvbr.org Mercredi 10 juin de 14h à 17h : Atelier créatif Marionnettes avec Claudine Vendredi 12 juin : Soirée guinguette avec le groupe “3 Views of a combo”, une soirée jazz Mercredi 17 juin de 10h à 12h : Maraîchage participatif et solidaire avec Marilou Mercredi 17 juin de 14h à 17h : Atelier créatif “Impressions florales et pochoirs végétaux” avec Nolwenn Samedi 20 juin de 9h30 à 12h30 : chantier participatif aux Serres Mercredi 24 juin : Fresque du Climat avec Malika Samedi 27 juin de 10h à 12h : Les jardipotes en action Dimanche 28 juin à partir de 9h : Reconnaissance de la dernière étape de la GTBR, la boucle est bouclée ! Brin de culture Poursuivons notre exploration des lieux, structures et initiatives qui mêlent le bien vivre et la culture. Ce mois-ci, petit focus sur l’association Au bois des Ludes, qui apporte de la joie sur notre territoire grâce au jeu sous toutes ses formes. Avez-vous vu la ludothèque de Tinténiac? C’est du rêve en boîtes! De plus, chaque année, Au Bois des Ludes organise le Lud’Estival, une randonnée ludique animée autour d’une thématique. Cette année, les Agents secrets vont vous entraîner dans leur mission spéciale : retrouver l’agent double et découvrir sa couverture. Cette rando ludique est à partager en famille, dès 4 ans, ou entre ami.es. Elle s’effectue en petits groupes, avec des départs échelonnés. Les jeux et défis sont animés ou en autonomie le long du parcours et servent à résoudre l’énigme finale. Les compétences de tous seront nécessaires pour parvenir au terme de la quête. Relèverez vous le défi ? Tarif : 5 € par personne. Le site n’est pas accessible aux poussettes et aux fauteuils roulants.