Histoire de passion : Corto Fajal, aux sources des sociétés traditionnelles

Les débuts de ma vie d’adulte ont été assez tourmenté. J’ai dû gérer une sensibilité exacerbée sur les choses de la vie, tout en ressentant une forme d’inadaptation aux valeurs du monde auquel j’appartenais. Plutôt que d’en souffrir, de nourrir de l’aigreur et de l’amertume, j’ai choisi égoïstement de le fuir. C’est le métier de réalisateur qui m’a donné le prétexte pour aller voir ailleurs. J’ai pu confronter l’arrogance de notre héritage occidental à l’humilité de notre condition dans les grands espaces sauvages, découvrir d’autres modes de vie et m’épanouir à travers une relation au monde qui m’entoure plus en phase avec mes aspirations.

Aujourd’hui, mon cadre de référence est largement inspiré des peuples avec lesquels j’ai vécu ces quinze dernières années. J’ai toujours été fasciné par la relation que ces populations autochtones ont avec leur milieu de vie. D’une manière formelle ou informelle, leurs croyances, leurs traditions, leurs pratiques ou leur spiritualité ont deux objectifs principaux :
– entretenir la qualité d’une relation avec un milieu qui les nourrit, les
protège et les abrite
– transmettre la qualité de cette relation aux générations futures.

Le dénominateur commun est le milieu de vie qui rassemble, avant les idées qui divisent. J’ai le sentiment que c’est de ce lien dont je me préoccupe quand je me salis les mains dans la terre propre de mon jardin, que j’aime me « perdre » dans les bois, les sentiers, les rivières et l’océan de jour comme de nuit, que j’éprouve une joie immense dans les dynamiques collectives ou ce qui compte est le plaisir de faire ensemble qui déplace des montagnes. C’est aussi de ce lien là dont nous parlons, lorsque nous invoquons les circuits courts, les déplacements doux, la qualité de nos paysages, la souveraineté alimentaire, la préservation de la biodiversité, de nos écosystèmes, l’engagement associatif… Il nous faut juste remettre à la bonne place toutes ces choses essentielles dans un système qui mesure sa bonne santé dans la surenchère du non-essentiel.

J’ai eu d’ailleurs l’occasion de participer à une conférence TEDx pour expliquer en quoi ces modes de vie dits « traditionnels » des peuples autochtones étaient tout à fait inspirants dans notre monde « moderne ».

Contrairement aux apparences, j’ai plus d’affinités et d’interactions sociales avec la nature, la faune et la flore qui m’entourent qu’avec mon environnement humain qui même dans sa grande bienveillance reste toujours très autocentré. J’ai appris à cultiver un certain détachement émotionnel, une distance qui me protège et préserve mon extrême sensibilité face à un monde ou beaucoup des valeurs qui prévalent agressent les miennes. C’est un peu comme si le monde était un océan en tempête perpétuel sur lequel j’imagine des « îlots » qui sont autant d’étapes où poser mon attention. Sur chacun de ces îlots, tant que mes valeurs peuvent cohabiter paisiblement, je m’épanouis.

Mon îlot le plus durable, celui qui résiste à tous les tsunamis, c’est celui du lieu où je vis depuis plus de 20 ans en Bretagne Romantique avec mon épouse. Sans être originaire d’ici, nous y avons conçu notre famille, bâti un lieu de vie qui nous ressemble et ou nos enfants sont nés et ont grandi. D’une certaine manière j’ai posé l’ancre, même si un jour, en demandant à un de mes amis voisins à partir de quand on était considéré comme étant « d’ici », il m’a répondu : « il faut avoir eu un parent qui est né ici ».

Ni nous, ni nos enfants n’auront donc cette chance. Hum, c’est un long chemin que celui de redevenir autochtone!

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